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Approches de la notion de «sujet» :
la psyché chez Platon

NB : la notion de sujet telle qu’elle est définie par les philosophes classiques européens (à partir de Descartes), n’est pas présente comme telle chez les Grecs. Leur objet d’étude est la «psyché» (que les Latins ont traduit «anima» par «âme»), c’est-à-dire le principe vital qui anime le corps et l’esprit. Néanmoins, ils posent déjà les questions qui seront regroupées à partir du XVIIe siècle dans la problématique philosophique du sujet.

PLATON : le problème de l’identité individuelle

« Quand on dit de chaque être vivant qu’il vit et qu’il reste le même — par exemple, on dit qu’il reste le même de l’enfance à la vieillesse —, cet être en vérité n’a jamais en lui les mêmes choses. Même si l’on dit qu’il reste le même, il ne cesse pourtant, tout en subissant certaines pertes, de devenir nouveau, par ses cheveux, par sa chair, par ses os, par son sang, c’est-à-dire par tout son corps. Et cela est vrai non seulement de son corps, mais aussi de son âme. Dispositions, caractères, opinions, désirs, plaisirs, chagrins, craintes, aucune de ces choses ne reste jamais identique en chacun de nous ; bien au contraire, il en est qui naissent, alors que d’autres meurent. C’est en effet de cette façon que se trouve assurée la sauvegarde de tout ce qui est mortel ; non pas parce que cet être reste toujours exactement le même à l’instar de ce qui est divin, mais parce que ce qui s’en va et qui vieillit laisse place à un être nouveau, qui ressemble à ce qu’il était. Voilà par quel moyen, Socrate, ce qui est mortel participe de l’immortalité, tant le corps que tout le reste. »

PLATON (427-347), Le Banquet, 208b

PLATON : les 2 parties de l’âme

« Parmi les plaisirs et les désirs qui ne sont pas nécessaires, il y en a qui me paraissent déréglés. Il semble bien qu’ils sont innés dans tous les hommes; mais réprimés par les lois et les désirs meilleurs, ils peuvent avec l’aide de la raison être entièrement extirpés chez quelques hommes, ou rester amoindris en nombre et en force, tandis que chez les autres ils subsistent plus nombreux et plus forts.
— Mais enfin, demanda-t-il, quels sont ces désirs dont tu parles ?
— Ceux qui s’éveillent pendant le sommeil, répondis-je, quand la partie de l’âme qui est raisonnable, douce et faite pour commander à l’autre, est endormie, et que la partie bestiale et sauvage, gorgée d’aliments ou de boisson, se démène, et, repoussant le sommeil, cherche à se donner carrière et à satisfaire ses appétits. Tu sais qu’en cet état elle ose tout, comme si elle était détachée et débarrassée de toute pudeur et de toute raison ; elle n’hésite pas à essayer en pensée de violer sa mère ou tout autre, quel qu’il soit, homme, dieu, animal; il n’est ni meurtre dont elle ne se souille, ni aliment dont elle s’abstienne; bref, il n’est pas de folie ou d’impudeur qu’elle s’interdise. »

PLATON, La République, Livre IX, 570d

PLATON : « Connais-toi toi-même »

SOCRATE : Comment pourrions-nous maintenant savoir le plus clairement possible ce qu’est « soi-même ». Il semble que lorsque nous le saurons, nous nous connaîtrons aussi nous-mêmes. Mais par les dieux, cette heureuse parole de l’inscription delphique que nous rappelions à l’instant [« Connais-toi toi-même »], ne la comprenons-nous pas ? […]  Examine la chose avec moi. Si c’était à notre regard, comme à un homme que cette inscription s’adressait en lui conseillant : « regarde-toi toi-même », comment comprendrions-nous cette exhortation ? Ne serait-ce pas de regarder un objet dans lequel l’œil se verrait lui-même ? […]  Quel est, parmi les objets, celui vers lequel nous pensons qu’il faut tourner notre regard pour à la fois le voir et nous voir nous-mêmes ?
ALCIBIADE : C’est évidemment un miroir, Socrate, ou quelque chose de semblable.
SOCRATE : Bien dit. Mais, dans l’œil grâce auquel nous voyons, n’y a-t-il pas quelque chose de cette sorte ? […] N’as-tu pas remarqué que, lorsque nous regardons l’œil de quelqu’un qui nous fait face, notre visage se réfléchit dans sa pupille comme dans un miroir ? […] Donc, lorsqu’un œil observe un autre œil et qu’il porte son regard sur ce qu’il y a de meilleur en lui, c’est-à-dire ce par quoi il voit, il s’y voit lui-même .[…]  Ainsi, si l’œil veut se voir lui-même, il doit regarder un œil et porter son regard sur cet endroit où se trouve l’excellence de l’œil. Et cet endroit de l’œil, n’est-ce pas la pupille ? […]  Eh bien alors, mon cher Alcibiade, l’âme aussi, si elle veut se connaître elle-même, doit porter son regard sur une âme et avant tout sur cet endroit de l’âme où se trouve l’excellence de l’âme, le savoir, ou sur une autre chose à laquelle cet endroit de l’âme est semblable. […]  Or, peut-on dire qu’il y a en l’âme quelque chose de plus divin que ce qui a trait à la pensée et à la réflexion? […]  C’est donc au divin que ressemble ce lieu de l’âme, et quand on porte le regard sur lui et que l’on connaît l’ensemble du divin, le dieu et la réflexion, on serait alors au plus près de se connaître soi-même. »

PLATON, Alcibiade majeur, 132d

Une théorie de l’âme (psyché) pour caractériser les individus et les cités

Dans La République (Livre IV), Platon met en relation :

  • une typologie des parties de l’âme (associées symboliquement chacune à une partie du corps),
  • une typologie des caractères humains (selon la prédominance des parties de l’âme),
  • et une typologie des cités (selon la prédominance d’un type de caractère dans la cité).

—> L’analyse de l’âme en 3 parties permet de classer les individus puis les Cités.

1. Typologie des parties de l’âme (qui coexistent en chaque individu)

(3 parties = âme tripartite)

1.1?- L’épithumia (= désir) : partie désirante de l’âme, siège de l’appétit, des passions et des affects. Elle fournit à l’âme ses motivations «animales». Elle est associée au ventre.

1.2 – Le thumos (= souffle, violence) : partie « forte » de l’âme, siège de la volonté, du courage mais aussi de la violence et de la colère. Détenteur de la force, il permet à l’homme de se battre, de mener ses actions à leur fin. Il est associé au cœur.

1.3 – Le logistikon (= raison) : partie rationnelle de l’âme, siège de l’intellect. Il confère à l’âme la sagesse et les idées. Spécifiquement humain, il est associée à la tête.

Attention : ces 3 parties de l’âme coexistent dans chaque individu. Poursuivant des buts différents, elles sont en perpétuel conflit entre elles, déterminant une dynamique psychique (la personnalité d’un individu n’est pas déterminée une fois pour toutes) et des conflits moraux

2. Les différents types d’individus et le rôle social associé à chaque type (selon la prédominance chez lui d’une des parties de l’âme) :

2.1- La prédominance du désir (epithumia) dispose les êtres humains à user au mieux de leurs forces (thumos) et de leur raison (logistikon) en vue de satisfaire leurs envies : ils font donc de bons commerçants, permettant à la Cité de s’enrichir.
—> On doit donc leur confier les affaires économiques.

2.2 – La prédominance de la force (thumos) dispose les êtres humains au combat, à la violence, au courage. Ils font donc de bons guerriers, protégeant la Cité.

—> On doit donc leur confier les affaires militaires.

2.3 – La prédominance la raison (logistikon) dispose les êtres humains à la réflexion, à la prudence et à la sagesse. Elle les rend aptes à maîtriser le désir (epithumia) et la force (thumos). Ils font donc de bons dirigeants, soucieux d’équilibre et de paix dans la Cité.
—> On doit donc leur confier les affaires politiques.

Attention : les 3 parties de l’âme coexistent chez chaque individu. Mais l’une d’elle est prédominante, soumet les 2 autres et c’est en cela qu’elle détermine une classe d’individu particulière.

3. Les différents types de Cités (selon la prédominance en elle de l’un des types d’individus) :

3.1- Les Cités commerçantes dans lesquelles on valorise la prédominance de l’épithumia. (Ex : Corinthe)

3.2- Les Cités guerrières dans lesquelles on valorise la prédominance du thumos. (Ex : Sparte)

3.3- Les Cités « politiques » dans lesquelles on valorise la prédominance du logistikon. (Ex : Athènes)

Attention : les 3 types d’individus coexistent dans chaque Cité. Mais l’un d’entre eux est prédominant et cela détermine une particularité de la Cité.

Les 3 types de Cités coexistent dans le monde grec mais peuvent entre en conflit (d’intérêts).

NB : Les Grecs conçoivent l’univers (cosmos) comme harmonie. Du point de vue moral, le Bien est une forme d’équilibre. Chaque individu (et chaque cité) doit donc trouver cet équilibre entre les différentes forces contradictoires qui l’animent.

—> Conflits dans l’individu et entre individus, conflits dans la Cité et entre Cités.