Le travail

1. Préambules

1/ Définition : Le travail est une activité humaine utile, réglée, productrice de biens ou de services destinés à la satisfaction des besoins. (Le travail s’oppose au jeu, au loisir, au divertissement, activités humaines non productives.)

NB : La définition du travail comme « activité utile » (c’est-à-dire en vue d’une fin, d’un but, en général la satisfaction d’un besoin) est insuffisante si l’on veut caractériser le travail comme un fait culturel et donc spécifiquement humain (selon le préjugé que les animaux n’ont pas de culture). En effet, tous les animaux agissent utilement, en vue de satisfaire leurs besoins.

2/ Étymologie (incertaine, mais intéressante) : « travail » viendrait du latin « tripalium », dispositif servant à immobiliser les bœufs pour le ferrage ou les soins : idée de contrainte. Par la suite, tripalium désignera le dispositif servant à immobiliser les personnes soumises à la torture. (NB : cette étymologie est incertaine.)

3/ Lien entre travail et technique : Le travail est la rationalisation de l’activité consistant à satisfaire les besoins. La technique est la rationalisation du travail par l’organisation réglée, procédurale, d’une suite de tâches. Travail et technique permettent à l’être humain de s’approprier la nature, de la transformer pour satisfaire ses besoins.

4/ Problèmatique associée à la notion de « travail » : une notion essentiellement ambiguë

a. D’un côté le travail peut être conçu par l’être humain comme émancipation (activité libératrice) :

      • on doit au travail la satisfaction de la plupart de nos besoins : il nous libère donc des contraintes naturelles et nous ouvre à des déterminations spécifiquement humaines ;
      • on doit au travail une grande partie de nos relations sociales : il est vecteur de socialisation (la division du travail a pour conséquence l’interdépendance : elle participe donc à la stabilité des sociétés).
      • on doit au travail l’acquisition de notre habileté et de nos compétences : il est vecteur d’éducation, d’actualisation de nos potentiels.

b.  De l’autre le travail peut être conçu comme aliénation (activité aliénante) :

      • il est chronophage (il occupe une grande partie de notre temps) : il limite notre liberté ;
      • il est source de contraintes physiques, de peine, d’efforts : il est source de souffrance ;
      • il nous contraint à nous inscrire dans une chaîne de production : il implique une sélection et l’usage d’une partie seulement de nos capacités.

2. Le travail comme émancipation

A. Le travail pour satisfaire des besoins primaires (physiologiques et de sécurité) et donc se libérer des contraintes de la nature

Comme celle de tout être vivant, l’activité des êtres humain a d’abord pour but de satisfaire leurs besoins biologiques (faim, soif, fatigue…). Le travail est une forme rationalisée de cette activité visant à satisfaire les besoins physiologiques.

a/Dans les sociétés primitives, les besoins primaires sont satisfaits par les activités de chasse et de cueillette :

  • recherche et utilisation des ressources naturelles immédiates (et donc nomadisme) ;
  • activités spontanées de subsistance (? de travail) ; activités communes à tous les animaux (qui eux aussi chassent ou cueillent) : on ne parle pas alors de travail ;
  • activités en général collectives avec partage des ressources ;
  • A ce stade, l’être humain s’adapte à la nature : il ne cherche pas à la maîtriser, il en fait partie et en reste immédiatement dépendant.

b/Progressivement, création d’outils (armes pour la chasse, récipients pour la cueillette) et de techniques (techniques de chasse, préparation et conservation d’aliments) —> maîtrise de la nature et donc rationalisation de la satisfaction des besoins primaires. D’abord par l’invention de techniques de chasse et la constitution de réserves, mais progressivement : la cueillette est rationalisée dans l’agriculture, la chasse dans l’élevage (domestication).

  • les techniques agricoles et d’élevage permettent la sédentarisation définitive des êtres humains ;
  • exploitation des ressources naturelles : récolte et transformation ;
  • activité spécifiquement humaine : on parle alors de travail ;
  • l’homme adapte la nature à ses besoins : il cherche à maîtriser la nature, à en tirer avantage et à devenir indépendant de ses aléas. Il se conçoit alors comme séparé du reste de la nature dont il doit devenir «comme maître et possesseur» (Descartes).

« A la différence des animaux, l’homme produit les conditions de son existence.?»
                                   
MARX, L’Idéologie allemande (Marx et Engels, 1846)

HÉSIODE (vers 780 av. JC) : Apologie du travail productif

« Va, souviens-toi toujours de mon conseil : mets-toi à la tâche, Persès, noble fils, pour que la faim te prenne en haine et que tu te fasses chérir de I’auguste Déméter au front couronné, qui remplira ta grange du blé qui fait vivre. La faim est partout la compagne de l’homme qui ne s’emploie pas au travail. Les dieux et les mortels s’indignent également contre quiconque vit sans se mettre au travail et montre les instincts du frelon sans dard, qui, esquivant le travail, gaspille et dévore le fruit du travail des abeilles. Applique-toi de bon cœur aux travaux convenables, pour qu’en sa saison le blé qui fait vivre emplisse tes granges. C’est par leurs travaux que les hommes sont riches en troupeaux et en or ; rien qu’en se mettant au travail ils deviennent mille fois plus chers aux immortels. Le travail n’est pas une honte ; la honte, c’est de ne pas se mettre au travail. Si tu t’y emploies, celui qui ne s’y est pas mis bientôt enviera ta richesse : richesse toujours est suivie d’excellence et de gloire. Dans la condition où t’a placé le sort, ton intérêt est de travailler, et, détournant du bien d’autrui ton esprit léger, de recourir au travail pour assurer ton pain, ainsi que je t’y engage. C’est une honte mauvaise qui suit les pas de l’indigent. »

HÉSIODE, Les Travaux et les Jours

 B. Le travail pour satisfaire les besoins secondaires (sociaux, d’appartenance et de reconnaissance)

 Rôles de la division du travail :

Division du travail selon les sexes :  Dans les sociétés primitives, l’importance de la reproduction  pour la survie du groupe et donc le cycle ininterrompu des périodes de grossesse, accouchement et allaitement, entraîne une première division du travail selon les sexes : en général les femmes cueillent, les hommes chassent et protègent le groupe, les travaux artisanaux sont diversement répartis.
Cette forme de division du travail tend (depuis quelques décennies seulement) à s’atténuer dans les sociétés modernes (2e partie du XXe siècle), la démographie n’étant plus le premier souci de ces sociétés.

La division du travail selon les activités comme nécessité pratique (gain d’efficacité)

1 – Diversité des travaux à accomplir. Platon (République) s’interroge sur la meilleure organisation du travail au sein de la société. Puisque se nourrir, se loger, se vêtir sont les trois besoins élémentaires de tout homme, chacun doit-il y subvenir lui-même ou ne vaut-il mieux pas que les différentes tâches soient réparties entre les citoyens ?

2 – Répartition des travaux entre les citoyens. Plutôt que de se faire tour à tour agriculteur, maçon et couturier, il est plus simple que chacun se consacre à une activité déterminée de façon exclusive selon ses qualités et son intérêt  —>  partage des tâches productives par spécialisation = division sociale du travail.

3 –Rationalisation et gain d’efficacité (spécialisation). Selon Platon, les biens produits « seront plus beaux, plus nombreux et plus aisément obtenus. » (République, livre II).

PLATON : le division du travail comme condition de possibilité de la cité

« On produit toutes choses en grand nombre, mieux et plus facilement, lorsque chacun, selon ses aptitudes et dans le temps convenable, se livre à un seul travail, étant dispensé de tous les autres. »

PLATON, République, II

    • La division du travail répond à un souci rationalisation de l’économie et le gain d’efficacité obtenu rend la cité plus prospère.
    • La division du travail comme acquisition de compétences sociales
      L’organisation du travail impose à chacun de tenir sa place et de respecter celle d’autrui : les valeurs nécessaires au travail collectif sont les valeurs nécessaires à une vie sociale épanouie.
    • La division du travail détermine le statut social : La place occupée dans la hiérarchie du travail détermine la place occupée dans la hiérarchie sociale (et donc l’estime de soi et la reconnaissance par les autres).

Ex. : les prêtres et les scribes dans l’Egypte antique, l’ensemble des citoyens à Athènes (pour les Athéniens, le travail manuel, confié aux esclaves, serait une déchéance).

PLATON : le division du travail comme condition de possibilité de la cité

« Un homme s’adjoignant un autre en raison du besoin qu’il a d’une chose, un second en raison du besoin d’une autre, une telle multiplicité de besoins amenant à  s’assembler sur un même lieu d’habitation une telle multiplicité d’hommes qui vivent en communauté et entraide, c’est pour cette façon d’habiter ensemble que nous avons institué le nom de société politique . » 

PLATON, République, II, 369d-370c

La division du travail renforce la cohésion sociale (en rendant les êtres humains interdépendants)
La division du travail contraint à la solidarité. Pour Aristote (Politique), une société est d’abord une communauté d’intérêts partagés. Or la division du travail implique le développement des échanges donc l’inter-dépendance des citoyens et par suite le développement de la rationalité économique.

  > D’abord le troc : mais problème de l’équivalence (= même valeur) des biens. Mais comment le boulanger échange-t-il au maçon son pain contre une maison ? 
>Puis invention de la monnaie comme « équivalent universel », médiateur de tous les échanges qui permet d’évaluer comparativement les biens et de définir leur valeur.

La division du travail favorise la solidarité mais...  Pour les Athéniens, la cité permet à ceux qui s’y rassemblent d’actualiser leurs potentiels, de réaliser leur « excellence » en s’investissant dans les activités utiles à la communauté (militaires, sportives, artistiques, littéraires, scientifiques et philosophiques).  Problème : le travail manuel étant incompatible avec ces activités, il est « délégué » aux esclaves qui sont, selon Aristote « des outils animés »)

? Rôle (idéal) du travail dans la valeur d’échange des biens :

La valeur-travail : Chez les premiers théoriciens de l’économie, Adam Smith, David Ricardo ou Karl Marx, le concept de «?valeur-travail?» part du principe que le prix de vente d’un bien (« valeur d’échange?») ou d’un service est uniquement fonction de la quantité de travail qui a été nécessaire pour sa production ou sa réalisation — par opposition au concept de prix de marché résultant de l’offre et de la demande.

LOCKE : le travail comme point de départ de la propriété

« Bien que la terre et toutes les créatures inférieures appartiennent en commun à tous les hommes, chacun garde la propriété de sa propre personne. Sur celle-ci, nul n’a droit que lui-même. Le travail de son corps et l’ouvrage de ses mains, pouvons-nous dire, sont vraiment à lui. Toutes les fois qu’il fait sortir un objet de l’état où la Nature l’a mis et l’a laissé, il y mêle son travail, il y joint quelque chose qui lui appartient et de ce fait, il se l’approprie. Cet objet soustrait par lui à l’état commun dans lequel la Nature l’avait placé, se voit adjoindre par ce travail quelque chose qui exclut le droit commun des autres hommes. »

John LOCKE, Deuxième traité du gouvernement civil (chapitre V, De la propriété) (1690)

Pour Locke, puisque l’homme est propriétaire de lui-même et que son travail est une extension de sa personne, le travail doit être considéré comme un moyen légitime d’appropriation. De ce fait, le travail fonde la propriété.

    C. Par le travail l’être humain réalise son humanité (besoin d’accomplissement)


Le travail considéré comme le propre de l’homme est (idéalement) le moyen par lequel il accomplit sa spécificité
humaine. Le travail transforme l’individu en induisant le développement de ses capacités physiques et intellectuelles, de son habileté. Il autonomie, liberté.


« La nature a voulu que l’homme tire entièrement de lui-même tout ce qui dépasse l’agencement mécanique de son existence animale et qu’il ne participe à aucun autre bonheur ou à aucune autre perfection que ceux qu’il s’est créés lui-même, libre de l’instinct, par sa propre raison. (…). C’est comme si elle voulait que l’homme dût parvenir par son travail à s’élever de la plus grande rudesse d’autrefois à la plus grande habileté, à la perfection intérieure de son mode de pensée et par là (autant qu’il est possible sur terre) au bonheur, et qu’il dût ainsi en avoir tout seul le mérite et n’en être redevable qu’à lui-même ; c’est comme si elle tenait plus à ce qu’il parvînt à l’estime raisonnable de soi qu’au bien-être »                                  

Kant, Idée pour une histoire universelle d’un point de vue cosmopolitique (1798).

2.2. Le travail comme aliénation

—> Dès lors que la division du travail se généralise (sociétés industrielles), problèmes :


La division du travail aboutit à des tâches parcellisées et répétitives
(travail à la chaîne = taylorisme) :

—>
le travail ne développe plus les potentiels de l’être humain mais les réduits aux seuls gestes nécessaires à des tâches de plus en plus réduites ;

—>
diminution des capacités physiques et intellectuelles nécessaires au travail (frustration des besoins d’estime de soi et d’accomplissement) ;

—>
la simplification des tâches à accomplir rend chaque travailleur aisément remplaçable (frustration des besoins d’estime et de reconnaissance).

« L’ouvrier s’appauvrit d’autant plus qu’il produit plus de richesse, que sa production croît en puissance et en volume. L’ouvrier devient une marchandise. Plus le monde des choses augmente en valeur, plus le monde des hommes se dévalorise ; l’un est en raison directe de l’autre. Le travail ne produit pas seulement des marchandises?; il se produit lui-même et produit l’ouvrier comme une marchandise dans la mesure même où il produit des marchandises en général. »

Karl Marx, Manuscrit de 1844

Selon Marx, la sphère économique (des marchandises) a acquis progressivement un développement autonome, indépendant de  l’intérêt de l’humanité. L’être humain n’est alors plus qu’un moyen en vue d’une fin qui lui est extérieure. Son travail est aliéné à la logique de l’accroissement continu du capital (dont ne profite qu’une minorité, celle qui possède ce capital).

La division du travail aboutit à des inégalités sociales

—>
A l’origine, ceux qui disposent de l’expertise (capital symbolique) ou du pouvoir de la contrainte par la violence décident de l’organisation du travail et de la répartition des revenus du travail (en général à leur avantage).

—>
Ils peuvent accumuler un capital économique qu’ils transmettent à leurs héritiers.

—>
Ce mécanisme crée une société de classes qui enferme les individus dans des déterminations socio-économiques.


Le temps de travail est un temps asservi

—>
Le travail occupe un temps qu’on consacrerait volontiers à des activités plus épanouissantes. Le travail est aliénation dans la mesure où il ne relève pas du libre choix mais d’une contrainte sociale et d’un déterminisme biologique.

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Les loisirs (spectacles sportifs et arts populaires)
sont des substituts à la culture comme perfectionnement de l’inidivu, créés pour satisfaire artificiellement (virtuellement, ou par procuration) les besoins physiques et intellectuels frustrés durant le temps du travail.


« Dans le capitalisme avancé, l’amusement est le prolongement du travail. Il est recherché par celui qui veut échapper au processus du travail automatisé pour être de nouveau en mesure de l’affronter. […] Le prétendu contenu n’est plus qu’une façade défraîchie, ce qui s’imprime dans l’esprit de l’homme, c’est la succession automatique d’opérations standardisées. Le seul moyen d’échapper  à ce qui se passe à l’usine et au bureau est de s’y adapter durant les heures de loisirs. »

Adorno et Horkheimer, La dialectique de la raison (1944)

Le terme de «travail» est un terme connoté péjorativement. On lui associe la peine, l’effort, la contrainte. Étymologiquement, le mot vient du latin tripalium, qui désignait un instrument de torture. De fait, chacun semble aspirer à réduire toujours plus son temps de travail, auquel on oppose significativement le temps libre. Mais alors, comment expliquer la place si essentielle qu’il occupe aussi bien dans la vie des sociétés que dans celle des individus ? Pour quelles raisons travaille-t-on et dans quel but ?

1. On travaille d’abord pour vivre

a. Les hommes doivent produire ce dont ils ont besoin

Les hommes travaillent afin de satisfaire leurs besoins. Faute de voir ceux-ci comblés par une nature généreuse, ils sont dans l’obligation de produire les biens indispensables à leur survie. A la différence des animaux, l’homme produit les conditions de son existence, constate Marx  dans L’Idéologie allemande (Marx et Engels, 1846).

b. Le travail apparaît comme un châtiment

Le travail n’apparaît pas alors comme un choix mais comme une nécessité attachée à la condition humaine. Elle est souvent présentée comme une malédiction. Ainsi, dans la Bible, c’est parce que l’homme a désobéi à Dieu qu’il est exclu du jardin d’Eden et qu’il devra travailler à la sueur de son front pour se procurer de quoi vivre.

c. Le travail est une activité contrainte

Le travail traduit donc une dépendance de l’homme face à la nature. Cette dépendance concerne aussi bien la nature extérieure dont il doit tirer les produits de sa subsistance que sa nature biologique qui lui dicte ses impératifs vitaux. Le travail ne semble donc pas être le moyen d’exercer sa liberté mais plutôt la conséquence d’une soumission à la nature.

2. On travaille essentiellement pour s’humaniser

a. Le travail transforme la nature pour l’humaniser

Cependant, le travail est aussi le propre de l’homme, c’est-à-dire ce par quoi il accomplit son humanité. En effet, si le travail vise d’abord à répondre à des besoins vitaux, il est aussi le moyen le plus efficace par lequel l’homme élabore un monde proprement humain. Il a permis à l’homme, sous des formes diverses (travail manuel ou intellectuel…) de transformer la nature et il est à l’origine de la construction de toutes les civilisations.

b. Le travail transforme l’homme lui-même

En ce qui concerne l’individu, le travail est aussi le moyen de se réaliser. Privé d’un instinct qui le mette naturellement en possession de ses différentes capacités, l’homme ne peut compter que sur le travail pour révéler et développer les talents dont il est dépositaire. En transformant la nature, il se transforme aussi lui-même.

c. Le travail est au cœur de toute activité humaine

Si l’homme est le seul animal qui doit travailler, ce n’est donc pas le signe d’une faiblesse ou d’une malédiction. C’est en effet grâce au travail que l’homme parvient à l’«estime raisonnable de soi» : «La nature semble même avoir trouvé du plaisir à être la plus économe possible (…). C’est comme si elle voulait que l’homme dût parvenir par son travail à s’élever de la plus grande rudesse d’autrefois à la plus grande habileté, à la perfection intérieure de son mode de pensée et par là (autant qu’il est possible sur terre) au bonheur, et qu’il dût ainsi en avoir tout seul le mérite et n’en être redevable qu’à lui-même ; c’est comme si elle tenait plus à ce qu’il parvînt à l’estime raisonnable de soi qu’au bien-être».

Ainsi, le travail prend un sens plus large que celui de la seule activitée salariée et concerne l’essence même de l’activité humaine, laquelle s’affirme à travers les oeuvres accomplies.

3. On travaille pour se libérer du travail

a. Le travail peut être un obstacle à la liberté

Cependant, le travail présente des aspects très différents et tous n’ont pas tous le même sens ni la même valeur. Certaines formes de travail nous éloignent de notre humanité plus qu’elles n’en permettent l’expression. Ainsi, pour les Grecs de l’Antiquité, le travail était assimilé à une activité proche de l’animalité dans la mesure où il exprimait notre soumission aux lois de la nécessité biologique. L’homme était considéré comme un «homme libre» s’il n’était pas contraint de travailler.

b. Une activité libre est conforme à des aspirations humaines

L’homme libre, au sein de l’Antiquité grecque, est le citoyen participant aux affaires de la cité. En effet, l’activité politique requiert la réflexion, l’échange d’arguments et la délibération. Dans cette perspective, nous devons faire la distinction entre des activités n’impliquant pas de qualités spécifiquement humaines et des activités sollicitant ces qualités.

c. Le travail doit permettre la reconnaissance de l’humanité de tout homme

Le sens même de l’activité humaine est alors précisément de libérer les hommes de ces tâches « inhumaines » et de donner à chacun la possibilité d’exercer un travail émancipateur qui participe à la réalisation de la société où il vit. Il doit être le moyen de la reconnaissance de l’humanité de tout homme et non sa négation. En ce sens, le travail est à la fois ce par quoi mon humanité est réalisée et ce par quoi elle est reconnue. Ainsi, l’homme prend place dans la société des hommes.