COURS L’ARGUMENT DU PLAN A L’ARGUMENT

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DU PLAN À L’ARGUMENT

1. Rappels

(cf. cours sur la méthodologie de la dissertation) :

a. La structure type attendue du développement d’une dissertation (mais non contraignante dès lors que vous êtes capable de faire mieux…) se compose de 3 parties qui doivent être complémentaires dans une démarche visant à répondre à la question posée. Autrement dit chaque partie doit apporter quelque chose, avoir une utilité, une fonction dans une démarche visant à répondre à cette question — sans quoi cette partie est hors sujet.

b. La structure type attendue de chaque partie du développement se compose d’une interrogation, suivie de 3 arguments apportant chacun des éléments utiles pour répondre à l’interrogation, et se conclue par une réponse à cette interrogation. Autrement dit, le contenu de chaque partie fait intervenir plusieurs arguments (idéalement 3) dont la succession doit permettre de convaincre le lecteur de la justesse de la conclusion de cette partie.

c. La structure type de chaque argument à l’intérieur d’une partie :

1. PRÉSENTATION (prudente, hypothétique, sous forme interrogative) de l’argument («On peut se demander si…», «Peut-on affirmer que…»…),

2. EXPLICATION de l’argument : préciser le sens de l’énoncé («C’est-à-dire…», «Autrement dit…»…)

3. JUSTIFICATION de l’argument : pourquoi cet argument est vrai («En effet…», «Puisque…» …)

4. CONSÉQUENCES de l’argument : ce que cet argument permet d’affirmer pour justifier l’idée que l’on présentée.(«De ce fait…», «Par suite…», «Par conséquent…»…)

5. EXEMPLE illustrant l’argument : permet de concrétiser l’argument, de montrer qu’il correspond bien à une réalité («Ainsi…», «C’est ainsi que…», «Une illustration de cette idée…»…)

6. CONCLUSION  :  reprend l’argument présenté mais cette fois sous forme affirmative.(«On peut donc affirmer que…», «On voit donc que…»…)

NB : Cette structure type est indicative et non contraignante. Mais en l’appliquant, vous avez la certitude de construire correctement votre argument (et non de “bidouiller”). Comme tout élément de méthode, elle vous fournit des éléments procéduraux qui en garantissant la forme, vous permettent de vous concentrer sur le fond.

d.  La qualité d’un argument peut être évaluée selon trois critères :

– sa pertinence (pourquoi ce qu’il affirme permet de justifier la réponse à cette partie) ;

– sa complémentarité avec les autres arguments développés dans la même partie (il renforce les autres arguments ou est renforcé par eux, cohérent avec eux mais non redondant, il s’inscrit dans une progression argumentative) ;

– sa construction (en quoi il permet de justifier ce qu’il affirme, donne donc peu de prise aux éventuelles objections).

C’est cette construction qui va nous intéresser ici.

2. Application : La justice implique-t-elle l’égalité ?

a. Définitions utiles (nécessaires et suffisantes pour comprendre le problème sous-jacent à la question)  :

– « La notion de justice désigne un principe d’équilibre des droits et des devoirs reconnu à l’échelle des individus ou d’une société, principe que l’on peut considérer du point de vue de la morale et/ou du point de vue du droit. »

– « L’égalité, du point de vue des questions touchant à la justice, désigne l’identité des droits et des devoirs pour les individus d’une société, indépendamment de la singularité ou de la particularité de leur situation.?»

b. Choix d’un plan en 3 parties (en allant au plus simple, à savoir un plan de type dialectique) :

«?Dans un premier temps nous nous demanderons en quoi la recherche de l’égalité peut contribuer à la réalisation de l’idéal de justice. [Thèse] Mais nous devrons vérifier ensuite si l’égalité, dès lors qu’elle doit être imposée par une «?contrainte?», ne constitue pas au contraire une source d’injustice.  [Antithèse] Nous nous interrogerons enfin sur la possibilité de dépasser cet apparent paradoxe en nous intéressant à la notion d’équité. » [Synthèse]

[Rappelons que chacune de ces questions détermine une des parties de la dissertation et que la synthèse des réponses apportées sous forme de conclusion à la fin de chacune des parties doit vous permettre de justifier votre thèse (réponse à la question du sujet) dans votre conclusion.]

A noter :  sans être formulée nécessairement sous une forme explicitement interrogative, il est bon que la présentation de chaque partie détermine une question. Cela présente en effet l’avantage de guider clairement le choix des arguments : ils doivent permettre de justifier la réponse que vous donnerez dans la conclusion de cette partie.

c. Recherche d’un argument (à l’intérieur d’une partie)

Comment produire alors 3 arguments qui soient complémentaires et justifient cette affirmation ? On dispose déjà de moyens méthodologiques pour déterminer a priori leur succession, à savoir les méthodes déjà étudiées pour déterminer un plan de dissertation (analytique, dialectique, socratique, etc.). De la même façon qu’on peut les appliquer afin de produire une structure cohérente pour l’ensemble de la dissertation (les 3 parties attendues), on peut les utiliser afin de produire la structure argumentative de chacune des parties de ces parties.

Considérons la première partie déterminée dans le plan proposé ci-dessus. Elle est déterminée par la question?: «?En quoi la recherche de l’égalité peut contribuer à la réalisation de l’idéal de justice???» [1].

Comment nous guider dans la recherche de nos arguments ? La formulation même de la question appelle la réponse que nous donnerons en conclusion de cette première partie, à savoir (par exemple) : « Nous pouvons donc considérer qu’en effet la recherche de l’égalité, sous la forme d’un même traitement de chacun, peut contribuer à la justice.?» [2] (Notez la forme nuancée de cette affirmation, qui rend possible la compatibilité avec ce qui sera l’antithèse : «peut contribuer…»)

Nous savons donc d’où nous partons [1] et où nous allons [2] : nous cherchons ce qui permet d’affirmer l’idée que la recherche d’égalité est congruente à l’idée de justice, ou (c’est la même chose mais cette reformulation peut aider) ce qui, grâce à l’égalité, permet de vaincre l’injustice.

La recherche d’arguments, cohérents entre eux et présentant idéalement une forme de progression, peut s’appuyer sur les distinctions conceptuelles du programme (repères), mais aussi sur les éléments de méthode utiles pour produire le plan en 3 parties d’une dissertation (méthodes analytique, dialectique, socratique, etc.). Ces mêmes méthodes peuvent être appliquées à l’intérieur même d’une partie pour y déterminer cette fois des arguments complémentaires visant à justifier la thèse intermédiaire que constitue la conclusion d’une partie.

Ainsi, dans le cadre de la première partie proposée, on peut produire nos arguments par un élargissement progressif de notre point de vue, en partant du plus simple pour aller vers le plus complexe (ce qui correspond à la distinction conceptuelle “singulier – particulier / général – universel“).

      1. Argument 1 (“singulier”) : Comment se pose la question pour l’individu humain ?
      2. Argument 2 (“particulier”) : Comment se pose la question dans le cadre d’une communauté humaine ?
      3. Argument 3 (“universel”) : Comment se pose la question à l’échelle de l’humanité ?

Ce qui nous donne pour plan de la première partie :

[Introduction de cette partie sous la forme d’une question ] ?En quoi la recherche de l’égalité peut contribuer à la réalisation de l’idéal de justice??

[Argument 1] En reconnaissant et traitant autrui comme un égal, nous évitons les relations de pouvoir et les conflits qu’elles induisent. [Dans ce premier argument on s’intéresse à la notion de justice dans le cadre de l’intersubjectivité, de la psychologie.]

[Argument 2] En établissant une égalité de principe de tous les citoyens, la loi favorise la paix qui est une condition fondamentale du du progrès social, lui-même inséparable du développement de la justice justice. [Dans cet argument, on s’intéresse à la justice dans son cadre social, politique, législatif et juridique.]

[Argument 3] En posant le principe des “droits de l’homme”, d’une égalité de droits à l’échelle de l’humanité, s’appuyant sur l’idée d’une nature commune, on rend possible l’idée d’une justice à l’échelle de l’humanité tout entière. [Dans cet argument, on s’intéresse à la justice au-delà des particularité culturelles, historiques, c’est-à-dire d’un point de vue universel.]

[Conclusion de cette partie sous la forme d’une réponse à la question qui l’a introduite]  Nous pouvons donc considérer qu’en effet la recherche de l’égalité, sous la forme d’un même traitement de chacun, de droits égaux, peut contribuer à la justice.

d. Il s’agit ensuite de construite chacun des arguments selon la structure type :

      1. PRÉSENTATION (prudente, hypothétique, sous forme interrogative) de l’argument («On peut se demander si…», «Peut-on affirmer que…»…),
      2. EXPLICATION de l’argument : préciser le sens de l’énoncé («C’est-à-dire…», «Autrement dit…»…)
      3. JUSTIFICATION de l’argument : pourquoi cet argument est vrai («En effet…», «Puisque…» …)
      4. CONSÉQUENCES de l’argument : ce que cet argument permet d’affirmer pour justifier l’idée que l’on présentée.(«De ce fait…», «Par suite…», «Par conséquent…»…)
      5. EXEMPLE illustrant l’argument : permet de concrétiser l’argument, de montrer qu’il correspond bien à une réalité («Ainsi…», «C’est ainsi que…», «Une illustration de cette idée…»…)
      6. CONCLUSION  :  reprend l’argument présenté mais cette fois sous forme affirmative.(«On peut donc affirmer que…», «On voit donc que…»…)

Ainsi, pour le premier argument

[Présentation] En reconnaissant et traitant autrui comme un égal, nous évitons d’entrer dans le jeu incertain des rapports de domination et des conflits qu’ils induisent. 

[Explication] Reconnaître autrui comme un égal, c’est créer la possibilité d’être reconnu par lui comme un égal, c’est-à-dire de poser la possibilité d’une réciprocité dans la relation, de l’échange juste, de la coopération dans l’action. Le respect d’autrui est une offre que nous lui faisons de nous respecter. Être juste consistera alors pour lui à répondre positivement à cette offre.

[Justification] En effet si, au moins potentiellement, « l’homme est un loup pour l’homme » (Hobbes), si cette agressivité « que nous pouvons ressentir en nous-mêmes, et présupposons à bon droit chez l’autre, est le facteur qui perturbe notre rapport au prochain » (Freud, Malaise dans la culture) alors notre rapport à autrui n’est pas spontanément juste. Pire, selon Freud « le prochain n’est pas seulement pour nous un aide et un objet sexuel possibles, mais aussi une tentation, celle de satisfaire sur lui son agression, d’exploiter sans dédommagement sa force de travail, de l’utiliser sexuellement sans son consentement, de s’approprier ce qu’il possède, de l’humilier, de lui causer des douleurs, de le martyriser et de le tuer ».  A minima, notre agressivité peut trouver à s’exprimer dès lors que nous nous sentons nous-même agressé, victime d’une injustice : le sentiment d’injustice qui naît alors, comme tout sentiment désagréable, devient alors une puissante source potentielle de violence. Mais en nous comportant avec autrui équitablement, en plaçant autrui sur « un pied d’égalité » avec nous, en traitant autrui d’une manière dont nous accepterions qu’il nous traite, nous le reconnaissons  comme un alter ego, comme un sujet disposant de sa propre liberté, nous faisons preuve de respect à son égard. Autrement dit, nous rendons justice à sa dignité, à sa personne, de sorte qu’aucun sentiment d’injustice ne puisse susciter de sa part une réaction agressive à notre égard.

[Conséquences] Cette égalité de principe dans les rapports individuels, ce respect réciproque, n’interdit pas la hiérarchie, n’en fait pas une institution de l’injustice dès lors que la différence de statut n’induit pas une relation de domination, un surplus de dignité pour l’un au détriment de l’autre. La dissymétrie qui existe concrètement dans de nombreuses relations interindividuelles (professeur/élève, parents/enfants, patron/employé…) ne remet pas en cause la possibilité d’une égalité en dignité.

[Exemple] Ainsi, la relation entre un médecin et son patient, même lorsqu’elle est positive, semble particulièrement inégalitaire puisque d’un côté se trouve le savoir médical et la santé, de l’autre une relative ignorance et la faiblesse liée à la maladie. Or, sauf exception, nul ne considère comme “injuste” cette relation dissymétrique. Le patient reconnaît la compétence, le savoir et l’expérience du médecin, ce dernier reconnaît la souffrance de son patient, sa faiblesse, sa vulnérabilité. Chacun reconnaît l’autre pour ce qu’il est et c’est cette reconnaissance réciproque qui fait disparaître l’inégalité objective de statut au profit d’une égalité subjective de dignité.

[Conclusion] Dans une relation interindividuelle,  la reconnaissance d’autrui comme égal en dignité avec nous, ouvre la possibilité d’une relation équitable, éloignée de préjugés négatifs. Elle apparaît donc comme une condition de possibilité de relations justes, équitables entre individus.