Méthodologie : utilisation d’une citation
(+ exercice d’application dans le cadre d’une dissertation)

1/ Intérêt des citations

Dans l’étude d’une notion du programme, les citations mémorisées présentent l’intérêt de condenser dans une formule (idéalement la plus simple possible) une idée complexe.
De ce point de vue, retenir une citation ne présente d’intérêt que si son sens est bien compris. La citation doit être pour vous un moyen simple de retenir une idée ou un point de vue particulier sur un problème classique, éventuellement même toute une théorie.

Ex. : « L’homme est perfectible. » (Jean-Jacques ROUSSEAU)
En trois mots, Rousseau résume deux idées complémentaires (qui permettent par exemple de déterminer deux parties d’une dissertation ou deux arguments différents dans une des parties d’une dissertation)

Première idée : l’humanité, en tant qu’espèce, bien qu’elle soit fixée dans sa nature (par un patrimoine génétique, ce que Rousseau ignorait) évolue à travers les transformations progressives des cultures. Or ces transformations peuvent être positives: c’est l’idée de progrès, chère aux philosophes de Lumières – progrès moraux, techniques, scientifiques, politiques. Il suffit de regarder l’histoire de l’humanité pour constater la réalité de ces progrès. Néanmoins, ces progrès ne sont pas nécessaires et s’accompagnent d’un cortège de catastrophes. De sorte que Rousseau n’affirme pas que l’humanité « se perfectionne » nécessairement, mais seulement qu’elle « est perfectible », c’est-à-dire qu’elle a la possibilité d’améliorer son sort, que contrairement aux autres animaux, elle n’est pas figée des formes de vie, des types de comportements prédéterminés.

Deuxième idée : l’être humain, cette fois en temps qu’individu, est perfectible, c’est-à-dire qu’il peut s’améliorer, acquérir de la « vertu » (entendue comme la capacité d’être heureux) ou au moins échapper à des déterminismes sociaux ou historiques. Il n’y a pas d’essence de l’être humain qui prédéterminerait ses limites et donc sa place dans la société. C’est l’idée de libre arbitre qui se trouve ici implicite. Chacun peut construire sa propre vie, la transformer, acquérir les connaissances, les talents nécessaires. Bref, chacun est perfectible.

2/ Utilisation d’une citation dans une dissertation

Une citation ne peut constituer en soi un argument (ce que l’on appelle un « argument d’autorité » : « Platon a dit… », c’est donc nécessairement vrai puisque c’est Platon). De même qu’un exemple, elle n’acquiert de valeur que par l’explication (qu’est-ce qu’elle signifie ?) et par la justification (pourquoi elle est vraie ?) dont vous devez l’accompagner avant de préciser ce qu’elle apporte à votre argumentation en cours.
Autrement dit, outre l’explication (sens) et la justification (vérité) de cette citation, vous devez en préciser l’intérêt : en quoi l’idée qu’elle résume constitue bien un élément de réponse à la question précise que vous traitez lorsque vous la mobilisez.

Concrètement, la citation peut être présentée :

    • soit au début d’un paragraphe, pour introduire un argument, le présenter de manière concise avant de développer l’idée qu’elle résume et de montrer son intérêt dans le cadre de l’argument que vous êtes en train de développer ;
    • soit en fin de paragraphe pour résumer l’argument que vous venez de développer.

3/ Exemple

Soit à traiter, dans le cadre d’un sujet portant sur le bonheur, l’argument suivant : « l’idée de bonheur est inséparable de celle de morale ».

Vous décidez de mobiliser la citation suivante : « L’essence même de l’Homme est le désir d’être heureux, de bien vivre, de bien agir. » (SPINOZA)

    1. [Citation] Pour Spinoza « L’essence même de l’Homme est le désir d’être heureux, de bien vivre, de bien agir. »
      .
    2. [Explication  de la citation (ce qu’elle signifie)] Pour lui, l’être humain a une « essence », c’est-à-dire que tous les êtres humains partagent un ensemble de caractères qui définissent leur humanité et permettent donc de les distinguer des autres animaux. L’un de ces caractères est le « désir d’être heureux », c’est-à-dire la recherche d’un état de bien-être durable, ce qui implique  de « bien vivre » et de « bien agir », autrement dit de se déterminer selon des lois morales.
      .
    3. [Justification de la citation (pourquoi elle est vraie)] En effet, comme tous les animaux évolués, l’être humain recherche le plaisir et fuit la douleur, avec cette spécificité que chez lui cette recherche est tempérée par l’usage de la raison. Cet état que l’on appelle bonheur implique donc d’échapper durablement aux effets aliénants de la souffrance physique ou morale et, à l’aide de la raison, de maîtriser sa vie. Or cet état ne peut être atteint et conservé que dans la mesure où chacune de nos actions y contribue, c’est-à-dire en nous efforçant de « bien vivre» et de « bien agir ».
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    4. [Application à l’argument en cours (ce qu’elle apporte à l’argument en cours)] Mais le « bien vivre» et le « bien agir » sont précisément ce dont la morale cherche à déterminer les principes, les lois et les règles.  On voit donc que pour Spinoza, si la recherche du bonheur est inscrite dans la nature de l’être humain, elle implique que celui-ci recherche ce qu’est le « bien » puisque le bonheur a pour condition de « bien vivre » et de « bien agir ». Or la morale est ce qui permet d’avoir une conception claire de ce que sont ce « bien vivre » et ce « bien agir ».
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    5. [Conclusion de l’argument] De ce point de vue, on peut considérer donc considérer que l’idée de bonheur est  en effet inséparable de celle de morale.

4/ Exercice d’application

En vous aidant du modèle ci-dessus, rédigez les éléments d’un argument s’appuyant sur la mobilisation d’une citation.

Vous souhaitez développer, dans le cadre d’un sujet portant sur le devoir, l’argument suivant : « Contrairement à ce qu’affirme Rousseau, le devoir moral n’est pas “naturel” ».

Vous décidez de mobiliser la citation suivante : « L’obéissance au devoir est une résistance à soi-même... » (BERGSON)